
S.N. Goenka - Enseignements sur la méditation Vipassana - 2
Voici la deuxième des trois conférences données par S.N. Goenka les 6, 7 et 8 septembre 1991. "Goenkaji" y décrit, entre autre, anapanasati ainsi que les processus de vipassana en se référant aux principaux textes du bouddhisme.
Script
Sathya Narayan Goenka Enseignement sur la méditation Vipassana Deuxième jour Chers amis,
Hier nous avons commencé à examiner quelle a été la contribution du Bouddha à l'humanité.
Dans le paysage spirituel de l'Inde de son époque,
Certaines notions de base du dhamma,
La conduite éthique,
Sīla,
La concentration mentale,
Samādhi,
Et la sagesse,
Pājñā,
Étaient déjà connues.
Ce ne sont pas des notions nouvelles que l'éveillé aurait donné au monde.
Mais il leur donna en revanche une signification particulière,
Inédite jusque-là.
En ce qui concerne la conduite éthique,
Sīla,
Il amena ses disciples à la pratiquer à des niveaux beaucoup plus profonds que ceux enseignés par d'autres maîtres spirituels.
Pour ce qui est du développement de la concentration mentale,
Le samādhi,
Lui-même si consacré quand il était encore un Bouddha en devenir,
Un bodhisatta,
Il avait été initié aux sept états méditatifs d'absorption mentale,
Les sept premiers jhanas,
Auprès d'Alihara Kalama,
Et pour le huitième jhana,
Auprès d'Udaka Ramaputta,
Avant d'atteindre l'illumination.
Et il continua à les pratiquer toute sa vie.
Cependant,
Il dépassa ce niveau de la pratique de samādhi en introduisant la notion de concentration juste,
Le samma-samādhi.
Alors qu'auparavant on pratiquait seulement la concentration au niveau mondain,
Le lokiya-samādhi,
Il la transforma en concentration de niveau supramondain,
Le lokuttara-samādhi.
Tel fut son apport,
Et nous verrons à quel point cela a transformé la notion de samādhi.
Pājñā,
La sagesse,
N'était pas non plus une notion nouvelle pour les contemporains du Bouddha.
Mais là aussi,
Il apporta un élément nouveau.
Pājñā,
Tel qu'on la pratiquait alors,
Avait deux formes.
Sutta maya pājñā,
La sagesse entendue ou apprise d'autrui,
Par exemple en étudiant les écritures,
Et cinta maya pājñā,
La compréhension intellectuelle,
La sagesse obtenue par l'examen rationnel.
Le Bouddha leur ajouta bhāvanā maya pājñā,
La sagesse obtenue par l'expérience directe,
Issue de notre propre réalisation de la vérité.
Prenons un exemple.
Imaginez que vous êtes au restaurant.
Vous lisez le menu,
Et vous vous dites « Hum,
Ça a l'air bon ».
Eh bien cela est sutta maya pājñā.
Si vous observez que les autres clients ont l'air de se régaler,
Et en déduisez que la cuisine est de qualité,
C'est cinta maya pājñā.
Mais c'est seulement si vous goûtez les plats qui vous sont servis,
Que vous pouvez savoir si la cuisine est vraiment bonne.
Et cela,
C'est bhāvanā maya pājñā.
Alors finalement,
Quelle découverte fit le Bouddha ?
En quoi consiste son illumination ?
Ne tuez pas,
Ne volez pas,
Ne commettez pas d'un conduit sexuel,
Ne mentez pas,
Ne prononcez pas de paroles blessantes,
Ne consommez pas de drogue.
Ces préceptes éthiques ne lui sont pas propres.
Sama a dit,
Le développement de la concentration,
De la maîtrise de l'esprit non plus,
On le connaissait avant lui.
La sagesse,
La compréhension que tout est impermanent,
Qu'esprit et matière sont impermanents,
Que tout ce qui est impermanent est cause de souffrance,
Que l'esprit n'est pas moi,
Ou mien,
Que la matière n'est pas mienne,
Mais qu'ils sont dénués d'un moi substantiel et éternel.
Tout cela non plus n'a pas été découvert par le Bouddha.
Dans un passage des écritures,
Le Samyutta Nikaya,
Il est rapporté qu'un non-méditant vint trouver l'éveillé et lui demanda,
« Donnez-moi un enseignement afin que je sois libéré de ma souffrance.
» Et le Bouddha lui posa les questions suivantes,
« Ce corps et cet esprit sont-ils permanents ou impermanents ?
Nicha ou Anicha ?
» « Anicha » répondit le non-méditant.
Le Bouddha posa une nouvelle question,
« Et donc ce corps et cet esprit sont-ils souffrance,
Dukkha ?
» « Oui,
Ils sont dukkha » répondit le non-méditant.
« Sont-ils dénués d'un moi substantiel,
Anatta ?
» demanda le Bouddha.
« Et oui,
Ils sont anatta » répondit le non-méditant.
Comprenez bien,
Il s'agissait d'un non-méditant,
Quelqu'un qui n'était pas un disciple du Bouddha,
Qui ne connaissait donc pas son enseignement.
Le Bouddha lui demanda encore,
« Croyez-vous que le corps et l'esprit soient anicha,
Dukkha et anatta ?
» « Oui » répondit le non-méditant.
« Absolument,
Je suis d'accord.
Le corps et l'esprit sont anicha,
Dukkha et anatta.
» Le Bouddha dit alors,
« À présent,
Vous croyez en l'impermanence,
Vous y croyez.
Cependant,
Cette croyance ne vous sera d'aucun secours.
Il faut que vous pratiquiez la méditation vipassana,
Que vous observiez l'impermanence,
Et alors seulement vous comprendrez.
À moins que vous ne fassiez l'expérience d'anicha,
Vous êtes très loin de la libération.
N'en restez pas à un jeu de croyance dévotionnelle ou émotionnelle,
Ou à un jeu intellectuel.
Telle fut la contribution du Bouddha.
Il faut que vous fassiez vous-même l'expérience de la vérité.
Vous pouvez évidemment vous contenter d'être d'accord avec ce qu'il a enseigné.
Vous aurez alors une grande croyance envers ce qu'il dit,
Une grande dévotion envers lui.
Et cela vous donnera de très bonnes dispositions pour votre prochaine existence,
Votre prochain karma.
C'est bien,
Mais ce n'est rien de plus.
Cela pourra même vous mener à des niveaux d'existence très élevés,
Des plans divins,
Des plans brahmiques.
Très bien.
Mais la libération totale,
Le Nibbana,
Est très éloigné de tout cela,
Et le seul moyen d'y parvenir,
C'est d'en faire personnellement l'expérience.
Le Bouddha ne peut pas vous libérer.
Vous seul pouvez le faire.
C'est une découverte capitale qu'il fit là,
Et qu'il offrit à ses contemporains.
Dans l'Inde de cette époque,
Il y avait un fol engouement pour la dévotion,
La vénération de telle ou telle divinité,
De telle ou telle divinité suprême.
Les gens exécutaient des rites,
Des cérémonies pour l'implorer.
« Oh !
Deva,
Faites ceci,
Faites cela pour moi !
» Le Bouddha,
Lui,
Déclare.
« Je ne peux rien faire pour vous.
» Vous devez vous libérer vous-même.
Vous devez travailler vous-même à votre propre libération.
Comme il est dit dans le Dhammapada au vers 276.
Vous devez vous-même travailler ardemment à votre propre salut.
L'éveiller ne fait que montrer le chemin.
Il n'est pas correct de prier le Bouddha pour lui adresser une demande.
Ce n'est pas dans son enseignement.
Un être libéré,
Un Tathagata,
Ne fait que montrer le chemin.
C'est à vous de faire les efforts nécessaires pour atteindre le but final.
Là réside la merveilleuse contribution du Bouddha.
Les gens étaient à cette époque pris de folie.
Comment peut-on croire que telle ou telle divinité va me libérer parce que je la vénère et que je la préfère à d'autres ?
Le Bouddha indiqua la voie juste.
Vous devez travailler.
Il ne peut en être autrement.
Si vous générez de la négativité dans votre esprit,
Vous en souffrez.
La loi de la nature est ainsi faite.
Ce n'est pas le Bouddha qui vous punit.
Vous souffrez parce que telle est la loi de la nature.
Que vous ayez généré de l'aversion,
De l'avidité ou de l'ignorance,
Vous souffrez nécessairement.
Immédiatement,
La nature vous punit.
Vous devenez malheureux.
Mais si vous vous libérez de l'aversion,
De l'avidité et de l'ignorance,
Ces trois racines de la souffrance,
Vous vous libérez.
La nature vous récompense.
Vous vous sentez paisible,
Harmonieux,
Heureux.
C'est la loi de la nature.
Le Bouddha n'y est pour rien.
Mais alors que fait-il ?
Il montre le chemin.
Voici la façon dont vous pouvez vous libérer du désir avide,
De l'aversion,
De l'ignorance.
Si nous ne faisons rien pour en sortir,
Nous ne pouvons prétendre être des disciples du Bouddha.
Nous nous contentons d'avoir foi en lui,
D'en faire l'objet de notre croyance,
D'éprouver beaucoup de respect pour lui,
Mais rien de plus.
Avoir la foi,
Avoir la dévotion,
Est une très bonne chose.
La dévotion est la première étape sur le chemin du Dhamma.
Sans elle,
Vous ne pouvez pas avancer dans le Dhamma.
Mais si vous en restez là,
Et que vous ne faites rien d'autre,
Elle devient stérile,
Vous n'en tirez aucun bienfait.
Le Bouddha veut que vous travailliez,
Et que vous fassiez vous-même l'expérience de la vérité.
Alors comment ai-je moi-même été attiré par la voie qu'il montra ?
Notre esprit est conditionné dès la plus tendre enfance.
En Inde,
Les hindous sont conditionnés à penser que toutes les religions et toutes les sagesses du monde ont leur origine dans les Vedas.
J'ai également pensé ainsi.
Tout vient des Vedas.
Donc,
L'enseignement du Bouddha vient des Vedas.
Et qu'est-ce que cela m'apportera d'aller trouver Sayagyi Yubakin et d'apprendre cette technique,
Puisque j'ai la même chose dans mes écritures ?
Mais quelques très bonnes actions passées,
Quelques mérites accumulés dans le passé,
Me conduisit à mon père dans le Dhamma.
Et en suivant son enseignement,
Il devint parfaitement clair pour moi qu'il s'agissait du Dhamma appliqué.
Tout ce que j'avais appris,
Tout ce dont j'avais discuté,
Débattu,
Tout ce que j'avais enseigné n'était qu'un jeu intellectuel,
Un jeu dévotionnel.
Vous devez croire ceci parce que la Bhagavad Gita l'a dit.
Vous devez croire cela parce que les Vedas le disent,
Parce que les Upanishads le disent,
Ou parce que les Agamas le disent.
Mais personne n'avait rien mis en pratique de toutes ces écritures.
Le Bouddha,
Lui,
A enseigné comment pratiquer.
Observez s'il l'a.
Très bien,
Tout le monde dit qu'il faut avoir une conduite éthique.
Et je vais le faire,
Pour mon bien,
Pour le bien d'autrui.
Mais je ne peux avoir une telle conduite si je ne maîtrise pas mon esprit.
C'est pourquoi je dois pratiquer la concentration mentale,
Le Samadhi.
On pratiquait en ce temps-là de nombreux types de Samadhi.
Le Bouddha en sélectionna quarante.
Celui que j'ai appris de mon enseignant est Annapana.
Observez la respiration telle qu'elle est.
Telle qu'elle est.
Dès le début,
J'ai compris que c'était là quelque chose de nouveau.
Dans la tradition dans laquelle je suis né et dans laquelle j'ai été élevé,
On pratique l'observation de la respiration.
Mais on l'accompagne d'une verbalisation.
Quand vous inspirez,
Vous dites SO.
Quand vous expirez,
Vous dites HAN.
SO HAN.
SO HAN.
Ou OM.
OM.
Une autre des verbalisations proposées.
Si on ne veut pas utiliser de mots,
On visualise mentalement la forme d'un dieu,
D'une déesse,
De telle ou telle sainte personne pour qui on a de la dévotion.
Après avoir fixé son image pendant un certain temps,
Vous fermez les yeux,
Vous observez votre respiration,
Puis vous vous représentez mentalement cette image.
Ensuite,
Vous recommencez.
Vous rouvrez les yeux et fixez de nouveau du regard cette image afin de rafraîchir l'image mentale que vous vous représentiez les yeux fermés.
Puis vous les fermez à nouveau.
Et vous visualisez mentalement cette image en même temps que vous observez votre respiration.
Dans cette pratique,
L'observation de la respiration était donc accompagnée d'imagination.
Or,
Mon enseignant disait YATTA BUDDHA Observez-la telle qu'elle est.
Sans verbalisation,
Sans visualisation,
Sans imagination.
La respiration telle qu'elle est.
Ce n'est pas un exercice de respiration.
N'en faites pas un exercice de respiration.
Auparavant,
J'avais pratiqué le pranayama,
Un exercice de régulation de la respiration dont le seul but est de contrôler celle-ci.
Vous respirez très profondément.
Puis vous cessez de respirer un moment.
Puis vous expirez à nouveau et cessez de respirer un moment.
Je connaissais bien cet exercice et voilà que mon enseignant me recommandait pas d'exercice,
Pas de respiration artificielle,
Mais l'observation de la respiration naturelle.
Pas telle que vous voudriez qu'elle soit,
Mais telle qu'elle est.
Ainsi,
Le Bouddha a enseigné quelque chose de complètement nouveau.
YATTA BUDDHA Inspiration naturelle.
Expiration naturelle.
Si la respiration est profonde,
Elle est profonde.
Si elle est légère,
Elle est légère.
N'interférez pas avec la nature de la respiration.
Laissez-la jouer son rôle.
Le vôtre est d'observer.
Ne faites qu'observer.
Ne faites rien d'autre.
Comme il est dit dans le Mahasati Patanasutta,
En inspirant profondément,
Il est pleinement conscient.
J'inspire profondément.
En inspirant légèrement,
Il est pleinement conscient.
J'inspire légèrement.
En expirant profondément,
Il est pleinement conscient.
J'expire profondément.
En expirant légèrement,
Il est pleinement conscient.
J'expire légèrement.
Nous n'avions jamais pratiqué de la sorte.
C'était si nouveau que je me mis à discuter intérieurement cette méthode,
À la contester.
Et aujourd'hui,
Nombreux sont les gens venant de la même tradition que moi qui la discutent à leur tour,
En me disant,
Goenkaji,
Pourquoi n'autorisez-vous pas la verbalisation ?
Si nous répétons,
Rama,
Rama,
Rama,
Ou,
Par exemple,
Arahant,
Arahant,
Arahant,
L'esprit se concentrera très facilement.
Alors que si nous ne faisons qu'observer notre respiration,
C'est très long.
L'esprit ne se concentre pas.
Il ne cesse de vagabonder.
S'il vous plaît,
Goenkaji,
Permettez-nous d'utiliser des mantras.
Je leur explique qu'en répétant,
Rama,
Rama,
Rama,
La pratique devient sectaire.
Un musulman voudra répéter le nom d'Allah et un chrétien prononcer celui de Dieu.
Et la technique perdra alors son caractère universel.
Or,
Le dhamma est universel.
C'est pourquoi on doit se concentrer sur la respiration.
La respiration n'est pas hindoue,
Ni musulmane,
Ni jahine,
Ni chrétienne.
La respiration est la respiration.
Nous respirons tous depuis notre naissance jusqu'à notre mort.
La respiration est un objet commun à tous les êtres humains,
Universellement disponible.
Et nous voulons offrir une technique universelle.
Mais le débat ne s'arrête pas là.
Les élèves ont d'autres arguments.
D'accord,
N'utilisons ni Rama,
Ni Allah,
Ni Dieu,
Mais disons 1 quand nous inspirons et 2 quand nous expirons.
1,
2.
Ces nombres sont universels.
Ou bien disons inspire,
Expire,
Inspire,
Expire.
Et c'est en effet un bon argument qu'ils proposent là.
Mais si on répète un mot quelconque,
1,
2 ou inspire,
Expire,
On en fait un mantra.
Votre esprit se concentre grâce à ce mantra et alors bientôt vous direz inspire,
Que vous inspirez ou pas.
Vous répéterez votre mantra mais vous n'observerez pas votre respiration.
C'est pourquoi j'ai continué à travailler comme mon enseignant me le recommandait.
Ne faire qu'observer.
Si la respiration est profonde,
Elle est profonde.
Si elle est légère,
Elle est légère.
Peu importe.
Observer.
Ne faire qu'observer et rien d'autre.
Ne rien faire.
Et c'est ainsi que j'ai commencé à retirer les bénéfices de cette pratique.
Le premier jour,
J'ai commencé à ressentir une sensation tangible sous les narines.
Parmi mes étudiants,
Certains en ressentent le deuxième jour,
D'autres le troisième.
Quand le troisième jour arrive,
Telle ou telle autre sensation se manifeste.
Il faut l'observer aussi.
Rien d'autre.
Ne faites qu'observer.
La technique consiste uniquement à observer,
À demeurer un témoin silencieux de la réalité telle qu'elle est,
Et non telle que vous aimeriez qu'elle soit.
Pourquoi est-ce que le Bouddha voulait que nous travaillions avec la respiration et seulement avec elle ?
Et pourquoi seulement en nous concentrant sur l'extrémité des narines,
Sur le souffle qui en est inspiré et expiré ?
Pourquoi voulait-il que nous nous concentrions sans interruption sur cette petite zone et que nous restreignions à l'observation de la réalité – de quelle réalité d'ailleurs ?
La réalité de l'esprit et de la matière.
Pas de verbalisation.
Pas d'imagination.
Pas de visualisation.
Seulement la réalité telle qu'elle est.
Car la respiration est liée à l'esprit et à la matière,
Aux deux à la fois.
Au début,
Il vous semblera que la respiration n'est liée qu'à la matière,
Car c'est une fonction physique.
Inspiration et expiration,
Ce sont en effet les poumons qui travaillent.
Mais quand vous avancez sur la voie,
Quand vous arrivez au troisième,
Au quatrième jour de pratique,
Cela devient très clair.
La respiration n'est pas seulement une fonction physique.
Elle est en relation avec l'esprit et elle est extrêmement influencée par nos impuretés mentales.
Nous sommes justement ici pour aller au très fond de notre esprit et éradiquer ces impuretés.
Et c'est dans ce but que le Bouddha a choisi la respiration,
La respiration naturelle,
Comme objet de concentration.
Nous n'allons certes pas nous y appliquer simplement parce que le Bouddha l'a recommandé.
Mais lorsqu'on atteint le deuxième,
Le troisième,
Le quatrième jour de cette pratique,
Le sens de cette recommandation devient évident.
Essayons de comprendre.
Vous observez votre respiration,
Vous observez deux ou trois respirations et l'esprit s'échappe.
Il vagabonde dans ses pensées.
Vous le ramenez,
Vous gardez à nouveau votre attention sur deux ou trois autres respirations,
Mais une fois encore l'esprit se met à vagabonder.
C'est normal.
Cela arrive à tous les débutants.
Mais dès que l'esprit se concentre un peu,
Se stabilise sur l'attention à la respiration,
Celle-ci devient de plus en plus légère,
De plus en plus subtile.
C'est un phénomène naturel.
Et soudain,
Votre esprit s'est une fois encore échappé.
Il s'est mis à penser à des événements passés.
Ça s'est déroulé comme-ci,
Comme-ça,
Puis un tel m'a insulté.
Alors vous réagissez à ce souvenir.
Vous vous mettez en colère.
Et au bout d'un certain temps,
Vous prenez conscience que votre respiration n'est plus normale.
Elle s'est accélérée,
Durcie.
Et puis quand la colère est passée,
C'était seulement une colère mentale,
Votre souffle retrouve son rythme normal.
De la passion se manifeste,
La respiration n'est plus normale.
De la peur surgit,
La respiration n'est plus normale.
Chaque fois que de la négativité apparaît dans l'esprit,
Votre souffle perd sa régularité,
Devient plus intense.
Si vous y ajoutez une verbalisation,
Une visualisation,
Si vous transformez la simple attention à la respiration en un exercice,
Vous ne pourrez pas comprendre cette réalité,
L'étroite interdépendance de l'esprit et de la matière.
C'est cette vérité que le Bouddha enseignait.
Il voulait nous faire comprendre que l'esprit influence la matière et comment la matière influence l'esprit.
Or,
Cette influence mutuelle doit être comprise au niveau de l'expérience.
Je le répète encore,
L'enseignement du Bouddha n'est pas théorique,
Il est issu de l'expérience.
C'est à force d'observer la respiration naturelle que vous comprendrez que la respiration n'est pas seulement dépendante du corps,
Mais aussi de l'esprit et plus particulièrement des impuretés de l'esprit.
À force d'observer,
Cela vous deviendra évident.
Le troisième ou le quatrième jour,
Les gens commencent à éprouver sous les narines des sensations physiques tangibles.
Il n'y a rien d'artificiel dans l'enseignement du Bouddha.
Vous devez observer la nature telle qu'elle est.
La sensation est ressentie là,
Sous le nez.
Ça peut être une sensation de chaleur,
De la transpiration,
Une pulsation,
Une vibration,
Un chatouillis.
Quelle qu'elle soit,
Observez,
Ne réagissez pas.
Si ça vous démange,
Ne vous mettez pas à vous gratter.
Observez,
Ça me démange,
Et bien voyons combien de temps ça va durer.
Et continuez à observer,
Observer,
Observer.
La démangeaison devient de plus en plus irritante.
Puis elle cesse.
Aucune démangeaison n'est éternelle.
Elle apparaît,
Puis disparaît.
Tôt ou tard,
Elle finira toujours par disparaître.
Il en va de même pour tous les autres sensations,
De chaleur,
De froid,
De douleur.
Elles apparaissent pour ensuite disparaître.
Ne faites qu'observer ce phénomène,
Rien d'autre.
La vieille habitude de l'esprit est de réagir,
Mais changer cette habitude,
Ne réagissez pas,
Observez.
Quand vous arrivez au quatrième jour,
La véritable méditation vipassana commence.
Mon enseignant voulait que j'observe la moindre partie de mon corps,
En portant d'abord mon attention de la tête jusqu'aux extrémités des orteils,
Puis en la faisant remonter jusqu'au sommet du crâne.
En procédant ainsi,
On s'aperçoit que toutes les parties du corps,
Si infimes soient-elles,
Sont le lieu d'une sensation.
Qu'elles soient agréables ou désagréables,
Ou ni l'un ni l'autre,
Il y a des sensations partout où il y a de la vie.
C'est une loi de la nature.
Qu'est-ce que la vie ?
La vie est là quand l'esprit,
Nama,
Est là.
Quand il n'est plus présent,
Le corps est mort,
La matière est inanimée.
Quand l'esprit et la matière sont présents,
Il y a donc forcément des sensations,
Parce que l'esprit est toujours en contact avec le corps,
Et que c'est le contact qui engendre la sensation.
En revanche,
Là où il n'y a pas de vie,
Comme dans les ongles par exemple,
Il n'y a pas de sensation.
Vous pouvez vous couper les ongles ou les cheveux,
Aucune sensation n'est ressentie.
Un cadavre ou la matière inanimée ne peuvent ressentir aucune sensation parce que l'esprit n'y est pas présent.
Observez cette vérité.
Le Bouddha nous demande d'observer la vérité des sensations.
Ce ne sont pas seulement des phénomènes physiques.
Elles se manifestent dans notre corps,
Mais elles sont ressenties par l'esprit.
Le premier pas de la technique découverte par le Bouddha consiste à observer la respiration et,
Par ce moyen,
À observer l'interdépendance de l'esprit et de la matière.
Le pas suivant consiste à observer les sensations qui,
Comme le souffle,
Sont intimement liées à l'esprit et offrent un reflet de l'état mental présent.
Nous éprouvons les sensations dans notre corps.
Pourtant,
Ce n'est pas le corps qui ressent.
Un corps sans vie ne peut ressentir quoi que ce soit.
C'est parce que l'esprit est là que la sensation est ressentie.
C'est vedana,
Le processus de l'esprit qui permet de ressentir,
Qui fait que la sensation esprit et matière sont donc tous deux impliqués quand nous parlons de sensations.
Pour toutes ces raisons,
Un bon méditant de Vipassana comprend que l'observation n'est pas un simple rite.
C'est l'étude analytique d'une vérité scientifique,
De la réalité de l'esprit et de la matière,
Comme de leur interaction.
Un méditant qui travaille correctement réalise rapidement que les sensations ressenties par les sensations profondes sont en rapport avec les impuretés mentales.
Quand de la colère se manifeste,
Par exemple,
Non seulement la respiration perd son rythme normal,
Mais des tensions,
Des pressions,
Une sensation de chaleur se manifeste dans le corps.
Cette apparition de la colère a provoqué une réaction biochimique.
C'est la loi de la nature.
L'esprit et la matière sont des sensations tellement étroites que nous ne pouvons pas dire que les sensations ressenties dans notre corps sont seulement des sensations corporelles.
Elles sont intimement liées à l'esprit et c'est cette interdépendance que le Bouddha voulait que nous réalisions.
Ainsi,
Au fur et à mesure que l'on avance sur la voie,
La particularité de son enseignement devient très claire.
Observer la respiration de façon mécanique,
Faire des exercices de respiration ou encore faire des exercices de verbalisation ou de visualisation,
Tout cela existait avant le Bouddha et ce n'est pas cela qu'il nous a appris.
Son apport fut de nous apprendre à observer,
Simplement observer la respiration normale,
Qu'elle soit profonde ou légère.
Par ailleurs,
Dans la spiritualité indienne,
On n'a jamais parlé de sensations.
Il fut le premier et il reste jusqu'à aujourd'hui le seul à en avoir parlé.
C'est en observant les sensations qu'il trouva l'illumination et il dit alors « Je n'avais jamais entendu parler de cette sorte de dame.
» Pourquoi n'en avait-il jamais entendu parler ?
Les textes sacrés indiens,
Jaïnes ou brahmaniques,
Parlaient tous de dukkha,
La souffrance.
Ils affirmaient tous que la cause de la souffrance est l'avidité et l'aversion.
Que si on se libère de l'avidité et de l'aversion,
On se libère de dukkha.
Pourquoi alors est-ce que le Bouddha dit « Je n'ai jamais entendu parler de ce dame.
» C'était un prince.
Son père lui avait fait connaître des philosophes et des enseignants pour lui apprendre toutes les philosophies de l'Inde.
Il avait probablement lu toutes les écritures.
Pourtant,
Il dit n'avoir jamais entendu parler de cette sorte de dame.
Parce que personne alors ne parlait de sensation.
Personne ne savait que la sensation était un facteur déterminant pour atteindre la libération.
Lui le découvrit et atteint ainsi l'illumination.
Et cette découverte est d'ailleurs la marque d'une personne réellement illuminée.
Grâce à elle,
La chaîne des origines dépendantes devint évidente pour le Bouddha.
Comprenez bien,
Les penseurs indiens de cette époque savaient que les cinq portes des sens existent.
Ces cinq bases sensorielles que sont l'œil,
L'oreille,
Le nez,
La langue et la peau.
Quelques-uns reconnaissaient même l'esprit comme une sixième porte.
Ils savaient aussi que chaque porte laisse entrer un type d'objet particulier.
La vision pour l'œil,
Le son pour l'oreille,
L'odeur pour le nez,
Le goût pour la langue,
Le toucher pour le corps,
L'émotion ou la pensée pour l'esprit.
Et tous les penseurs dignes de ce nom en Inde recommandaient la même chose.
Ne vous fiez pas aux objets des sens.
N'y réagissez pas.
N'ayez pour eux ni avidité ni aversion.
Tous ont dit cela avant le Bouddha.
Qu'apporta-t-il de nouveau alors ?
Eh bien,
C'est que d'après ce qu'affirmaient ces penseurs de l'Inde,
On réagit à l'objet qui provoque la sensation.
Un son vient à votre oreille et selon qu'il est agréable ou désagréable,
Vous vous mettez à l'aimer ou pas.
Quand vous l'aimez,
Vous réagissez par de l'avidité.
Quand vous ne l'aimez pas,
Vous réagissez par de l'aversion.
La même chose se produit à la suite d'une vision,
D'une odeur,
D'un goût,
D'un contact ou d'une pensée.
Vous vous mettez à les aimer ou pas et alors l'avidité ou l'aversion se manifestent.
D'après ces penseurs,
On réagit donc à tel ou tel objet extérieur.
Le Bouddha,
Lui,
Comprend qu'on ne réagit pas à l'objet extérieur,
Mais à la sensation elle-même.
Raison pour laquelle,
Il nous dit dans le Samyutta Nikaya,
Les six sens engendrent un contact.
Le contact engendre la sensation.
La sensation engendre l'avidité.
Votre avidité ne naît que lorsque vous ressentez une sensation.
Un objet extérieur vient en contact avec une de vos portes sensorielles,
Telle que l'oreille ou l'œil.
Immédiatement,
Une sensation se produit.
Et quand une sensation se produit,
La perception,
Cette partie de l'esprit qui identifie et juge ce qui est enregistré par la conscience,
L'évalue.
Elle est agréable,
Elle est désagréable,
Elle est très bonne ou très mauvaise,
Etc.
Quand Sanya,
La perception,
Dit très bon,
La sensation devient très agréable.
Et quand elle dit très mauvais,
La sensation devient très désagréable.
Alors seulement,
Vous commencez à réagir.
J'aime ça,
J'aime ça de plus en plus,
De plus en plus.
Et vous désirez prolonger cette expérience.
Ou,
Je n'aime pas ça,
Je n'aime pas ça du tout.
Et vous désirez l'interrompre plus tôt.
À un niveau superficiel,
Vous avez l'impression que vous réagissez à un objet extérieur.
Quelqu'un vous a insulté.
Les insultes ont atteint vos oreilles et vous réagissez par de la haine.
À un niveau superficiel,
Ce constat est juste.
Vous réagissez aux insultes ou aux louanges.
Mais le Bouddha est allé plus loin.
Il a compris qu'on ne réagit pas aux louanges ou aux insultes,
Mais aux sensations produites par celles-ci.
Votre réaction ne naît que lorsque vous éprouvez une sensation.
C'est cela qu'il n'avait jamais entendu dire.
Et c'est la raison pour laquelle il a constaté « Je n'avais jamais entendu parler de cette sorte de dame.
» L'œil de la sagesse s'est ouvert.
Parce qu'il a fait l'expérience du rôle de la sensation et de la réaction qu'elle engendre.
C'est dans la sensation que se trouve la racine de la souffrance.
Et si vous ne vous attaquez pas à sa racine,
Vous ne pourrez pas en venir à bout.
C'est cela que le Bouddha a mis en pratique et qu'il a enseigné.
Observez-vous vous-même,
C'est-à-dire observez votre esprit et votre corps.
Au fur et à mesure que vous approfondissez votre observation,
Vous ne trouvez que des sensations,
Rien que des sensations.
Et vous remarquez qu'une partie de votre esprit continue à réagir.
La partie de l'esprit nommée Vijnana,
La conscience,
Ne fait que connaître la partie nommée Sanya,
La perception,
Reconnaît et évalue la partie nommée Vedana,
Sensation,
Ressent.
Mais la partie nommée Sankara,
Réaction,
Réagit,
Ne cesse de réagir.
Si la sensation est agréable,
La réaction devient de l'avidité.
Si la sensation est désagréable,
Elle devient de l'aversion.
C'est cette habitude mentale qui doit être changée.
C'est cela qu'a découvert le Bouddha.
Tout le monde est d'accord pour se débarrasser de l'avidité et de l'aversion.
Quiconque veut suivre une voie spirituelle,
Qu'il se dise hindou,
Jahine ou sikh,
Veut échapper à l'avidité et à l'aversion.
Mais comment faire ?
À un niveau superficiel,
Cela semble facile.
Nous pouvons nous efforcer de garder toujours à l'esprit que ce sont des actes négatifs et qu'il faut éviter de les accomplir.
De cette manière,
Votre intellect devient de plus en plus pur car il comprend cette nécessité.
Mais le niveau le plus profond de l'esprit,
L'inconscient tel que les occidentaux le comprennent,
N'écoute pas du tout l'intellect.
Celui-ci peut dire ce qu'il veut,
Peut raisonner comme il l'entend.
L'inconscient,
Lui,
Ne cesse de travailler aveuglément.
À quelque chose de désagréable,
Il réagit par de l'aversion.
À quelque chose d'agréable,
Il réagit par de l'avidité,
Systématiquement.
C'est cela que le Bouddha appelait les impuretés latentes.
À nous ça y a qu'il est ça.
Et il ne s'agit pas seulement des impuretés d'une seule vie,
Mais de celles accumulées au cours de très nombreuses vies.
Vie après vie,
Vous avez ressenti des sensations,
Agréables ou désagréables,
Auxquelles vous avez réagi.
Alors,
Avidité,
Aversion,
Avidité,
Aversion,
Cela est devenu une habitude qui s'est établie de façon répétée au cours des très nombreuses vies.
Et vous continuez à vouloir simplement rectifier la surface de l'esprit,
Votre intellect.
Mais qu'en est-il de l'esprit en profondeur ?
Vous pouvez certes pratiquer les huit états méditatifs d'absorption mentale,
Les jhanas,
Existant en Inde.
Ils purifieront votre esprit en surface,
Pas de doute là-dessus.
Mais les impuretés qui demeurent dans les profondeurs de l'esprit resteront intactes.
Aucune des techniques d'hier ou d'aujourd'hui,
Excepté Vipassana,
Ne permet d'atteindre les profondeurs de l'esprit.
Or,
Le niveau le plus profond de l'esprit est constamment en contact avec les sensations corporelles et réagit sans cesse à ces sensations,
Jour et nuit.
Et nous ne le savons pas,
Car nous sommes dans l'ignorance de ce qui se produit dans la structure de notre corps.
Les enseignements du Bouddha vont toujours du grossier au subtil.
C'est leur beauté.
Le Bouddha commence toujours par une vérité que nous pouvons aisément comprendre.
Il explique l'intérêt d'accomplir une bonne action,
Tel qu'un don par exemple,
D'avoir une conduite éthique,
Etc.
Puis,
Dépassant tout cela,
Il nous conduit vers le domaine de la véritable libération.
Son enseignement vous emmène jusqu'au plus profond de l'être et vous permet de comprendre ce qu'est la réalité au niveau le plus profond.
Comment vous êtes assez fous pour vous nuire à vous-même ?
Comment l'ignorance vous a conduits à vous faire du mal ?
Car à chaque instant,
Vous vous nuisez.
Évidemment,
Vous protestez.
Pourtant,
Je suis très religieux,
Je prie régulièrement,
Je respecte scrupuleusement les rites.
Ce sont là de bonnes choses.
Je ne dis pas le contraire.
Mais en faisant cela,
Vous ne vous libérez pas.
Vous êtes très loin de l'état de libération,
D'unibana.
Il faut que vous alliez dans les profondeurs de l'esprit,
Là où les habitudes de l'avidité et de l'aversion prévalent.
À moins que vous ne vous débarrassiez d'elles,
Vous êtes très loin de la libération,
Vraiment très loin.
Tel est l'enseignement du Bouddha.
Approfondissez.
Il commençait par des vérités immédiates,
La naissance et souffrance.
Est-ce que les Indiens n'étaient pas capables de comprendre ça ?
Ils le comprenaient,
Bien sûr.
La vieillesse et souffrance,
Tout le monde sait cela.
Il parlait de vérités que tout le monde peut comprendre,
Puis il allait vers des vérités de plus en plus subtiles.
Comme il nous dit dans le Samyutta Nous sommes séparés de quelque chose qui nous est très agréable.
C'est une grande souffrance.
Nous entrons en contact avec ce qui nous est désagréable.
C'est une grande souffrance.
Est-ce là l'apport du Bouddha ?
Tout le monde sait cela.
Même aujourd'hui,
Tout le monde comprend cela.
Et il continue.
Si l'on désire quelque chose et que l'on ne l'obtient pas,
On devient malheureux.
C'est si simple.
C'est évident pour chacun.
Alors le Bouddha en vint à sa réelle contribution et il dit L'attachement envers les cinq agrégats est souffrance.
Il faut savoir que l'entité du corps et de l'esprit est constituée de cinq agrégats,
Dont l'un est la matière et les quatre autres sont des agrégats mentaux appelés également processus mentaux.
L'être qui n'a pas réalisé le caractère impermanent de ces agrégats développe un attachement considérable à ces derniers car il s'identifie à son corps et identifie son esprit comme étant je ou moi.
La démarche du Bouddha l'a donc conduit à la réalité la plus subtile qui soit.
Et il l'exprime en quelques mots Nous avons un attachement démesuré envers les cinq agrégats qui constitue ce que nous nommons je ou mien.
Et inversement,
Ces cinq agrégats sont le résultat de l'attachement.
Upadana,
L'attachement,
Crée les cinq khandhas,
Les cinq agrégats.
Et les cinq khandhas créent Upadana.
C'est le cercle vicieux de la souffrance.
La souffrance est là,
Dans ce cercle vicieux.
Tel fut l'apport du Bouddha.
Tout le reste avait déjà été dit avant lui par les penseurs de l'Inde.
Cette vérité ne fut acceptée qu'intellectuellement ou dévotionnellement parce que le Bouddha l'avait dit et que nous croyons ce que dit le Bouddha.
Mais cela ne sert à rien.
Faites-en l'expérience vous-même et alors il s'agira réellement de votre sagesse.
Observez-les.
Observez ces cinq agrégats,
L'esprit et la matière et leurs interactions.
Que se produit-il ?
Comment naît la souffrance ?
Comment naît l'avidité ?
Comment naît l'aversion ?
Si vous observez cela,
L'ignorance disparaît.
Mais tant que l'illusion et l'ignorance sont là,
Il est impossible d'observer la réalité.
Vous ne pouvez que jouer à de petits jeux intellectuels,
À de petits jeux dévotionnels.
Vous ne pouvez pas observer la réalité telle qu'elle est.
Cette sensation qui est apparue,
Contact de l'esprit et de la matière,
Est peut-être agréable et cependant elle est impermanente.
Elle est peut-être désagréable et cependant elle est impermanente.
Elle est peut-être neutre et cependant elle est impermanente.
Pourquoi s'y attacher ?
Pourquoi s'attacher à un phénomène si éphémère et si impermanent ?
Observons simplement combien de temps il va durer avant de disparaître.
C'est ainsi que vous modifiez l'habitude de produire de l'avidité ou de l'aversion.
C'est ainsi que vous commencez à vous libérer.
C'est un dhamma appliqué,
Pas le dhamma théorique.
Celui-ci,
N'importe qui peut le transmettre,
Un Bouddha,
Un Rama,
Un Krishna,
Un Jésus-Christ,
Un Mahomet.
Loin de moi l'idée de dénigrer aucun de ces personnages.
Mais je tiens à souligner à quel point son apport fut original.
En dehors de la dimension de l'expérience,
Tout n'est que jeu intellectuel.
Certes,
Écouter ou prononcer des discours procurent beaucoup de satisfaction.
Celui qui discours se dit « Ah,
J'explique parfaitement le dhamma.
Je le comprends si bien.
Je suis quelqu'un de si sage.
» Et celui qui écoute se dit « Aujourd'hui,
J'ai compris le dhamma.
L'enseignement du Bouddha est merveilleux.
Mais tous deux en restent au même point.
Ils n'arriveront à rien.
Vous ne parviendrez à rien à moins que vous ne fassiez vous-même l'expérience de la vérité.
» La sagesse acquise en écoutant les paroles sages d'autrui,
Sutta Maya Panya,
La sagesse acquise par son propre raisonnement intellectuel,
Sinta Maya Panya,
Sont certes très utiles.
Il n'y a aucun doute à ce sujet.
Je ne critique pas la sagesse qu'on acquiert en adoptant celle d'autrui.
Il est bénéfique d'écouter les paroles du dhamma.
Le Bouddha faisait la distinction entre ceux qui n'ont pas entendu la vérité,
Un Asutava,
Et ceux qui l'ont entendu,
Un Sutava.
L'Asutava est quelqu'un de vraiment ignorant,
Qui n'a même pas entendu parler du dhamma.
Le Sutava,
Lui,
En a au moins entendu parler.
Et pour cette raison,
Il est beaucoup plus avancé.
Écoutez ce qu'est le dhamma.
C'est très bien pour vous donner de l'inspiration.
C'est très bien pour vous guider.
Mais il faut faire le pas suivant.
L'être humain est un être rationnel.
Il n'est pas censé accepter les choses aveuglément.
Il doit utiliser sa matière grise.
Il doit faire appel à son raisonnement intellectuel et essayer de comprendre,
Y compris ce que le Bouddha lui-même a dit.
Se demander si c'est vrai,
Si c'est logique,
Si c'est pragmatique.
Quand vous recourez ainsi à votre raisonnement intellectuel pour analyser si ce qu'on vous dit est réellement vrai,
Réellement bénéfique,
Vous développez cette sorte de sagesse qu'on appelle Sintamaya Bhanya.
C'est très bien,
Très important.
Car quelle sagesse pourrait-on bien obtenir si l'on n'emploie pas son raisonnement intellectuel ?
Cela constitue la seconde étape.
Mais Sutamaya Bhanya et Sintamaya Bhanya peuvent devenir de redoutables obstacles.
Quand vous vous contentez de Sutamaya Bhanya,
« Ah,
J'ai entendu le Dhamma.
Ah,
Maintenant je sais quels sont les enseignements du Bouddha.
Ah,
J'ai eu tant de chance.
J'ai adopté l'enseignement du Bouddha et je suis bouddhiste.
» Cette sagesse fondée sur celle du Bouddha devient un obstacle parce que vous ne faites pas le pas suivant vers Sintamaya Bhanya.
Mais supposons que vous ayez effectué le pas suivant,
Que vous cherchiez à comprendre par un raisonnement logique l'enseignement du Bouddha et que vous vous disiez « Ah,
Il est si passionnant,
Si scientifique,
Si rationnel,
Si logique.
» Alors,
Vous avez tendance à gonfler votre ego.
« Maintenant,
Je comprends ce qu'enseignait le Bouddha et pourquoi il enseignait de cette façon.
» Et vous commencez à débattre avec tout le monde.
« L'enseignement du Bouddha est le meilleur enseignement.
Vous autres,
Vous êtes ignorants.
Vous ne connaissez rien.
L'enseignement du Bouddha est le seul enseignement qui puisse conduire à la libération.
» Mais en parlant ainsi,
Vous ne faites toujours rien pour vous libérer.
Votre raisonnement intellectuel est devenu un obstacle considérable.
Sintamaya Bhanya,
Cette sagesse acquise par votre activité intellectuelle doit vous inspirer,
Vous donner une direction pour poursuivre votre travail vers la véritable sagesse,
Celle qui est fondée sur l'expérience Bhavana Maya Bhanya.
Et c'est cette sagesse que nous a apporté le Bouddha.
Toute la littérature indienne n'est que Suttamaya Bhanya.
Toute la philosophie indienne n'est que Sintamaya Bhanya.
Mais Bhavana Maya Bhanya manquait et tel fut l'apport du Bouddha.
Alors,
Qu'est-ce que Bhavana Maya Bhanya ?
C'est la sagesse dont vous faites l'expérience de façon continue.
Veda,
En sanscrit,
Signifie connaissance,
Littéralement ce qui a été vu.
Il s'agit donc bien de la connaissance vécue,
Issue de l'expérience,
Et non de la connaissance purement théorique,
Intellectuelle.
Veda est la racine du mot pali vedana,
Qui signifie sensation,
C'est-à-dire la sensation ressentie dans le corps par l'esprit.
C'est ce dont vous faites l'expérience lorsque vous ressentez une sensation.
Cela devient ainsi votre propre connaissance,
Votre propre sagesse.
Pas ce qu'a dit le Bouddha,
Pas ce qu'ont dit les écritures,
Mais votre propre sagesse.
Par exemple,
J'éprouve une sensation,
Agréable ou désagréable,
Et je réagis,
Par de l'avidité ou de l'aversion.
Et dans l'un ou l'autre cas,
Me voilà malheureux.
Cela vous apparaît très clairement à la lumière de votre expérience.
Mais si,
Au contraire,
Vous ne réagissez pas,
Que la sensation soit agréable ou désagréable,
Vous ne vous sentez pas malheureux.
La loi de la nature,
Le Dhamma,
Vous devient très clair.
C'est votre connaissance,
Votre Veda,
Parce que vous avez une expérience directe de la sensation,
Vedana.
Et si cette Vedana manque,
Quoique vous essayiez de comprendre de l'enseignement du Bouddha,
Votre compréhension en restera superficielle.
C'est parce que mon enseignant m'a formé à l'observation des sensations que j'ai compris l'originalité de l'enseignement du Bouddha.
Votre souffrance commence avec les sensations,
Car l'avidité commence avec elles.
Vous avez une Vedana,
Par exemple,
Une sensation agréable,
Sukha Vedana,
Alors il y a avidité,
Lobha apparaît.
Vous avez une sensation désagréable,
Sukha Vedana,
Et l'inversion Dosa apparaît.
Votre Lobha,
Votre Dosa,
Apparaissent à cause des Vedanas.
S'il y a sensation,
Si vous ressentez les sensations et que malgré tout vous ne réagissez pas,
S'il y a une sensation agréable et vous ne réagissez pas par l'avidité,
S'il y a une sensation désagréable et que vous ne réagissez pas par de l'inversion,
Vous échappez à la souffrance.
C'est si simple,
Mais sans pratiquer,
C'est si difficile.
Le Bouddha enseigna le Dhamma,
Et seulement cela.
Qu'est-ce que le Dhamma ?
C'est la loi de la nature.
En Inde,
Il y a cette expression Dhareti di Dhamma,
La nature du feu et de brûler.
Le Dhamma du feu et de brûler.
C'est sa caractéristique,
Sa nature.
Si ça ne brûle pas,
C'est qu'il ne s'agit pas de feu.
Parce que ça brûle,
C'est du feu.
Qu'est-ce que le bouddhisme ou l'hindouisme ou le christianisme ou l'islam ont à voir là-dedans ?
Rien.
C'est la loi de la nature,
C'est le bouddha.
Si je mets ma main dans les flammes par inadvertance,
Je me brûle.
C'est la loi de la nature.
Le feu ne va pas dire cet homme qui a mis sa main au feu est bouddhiste ou chrétien ou hindou ou musulman.
Si vous mettez la main dans le feu,
Vous vous brûlez.
Rien ne peut vous protéger de cela.
C'est la loi de la nature.
Vous pouvez croire en telle ou telle philosophie.
Vous pouvez bien croire que l'âme existe ou qu'elle n'existe pas,
Qu'il y a un Dieu Tout-Puissant ou qu'il n'y a pas de Dieu Tout-Puissant.
Mais que vous mettiez la main au feu et que vous vous brûliez nécessairement,
Vous ne pouvez l'empêcher ni le nier.
De même,
Que vous produisiez de l'avidité ou de l'aversion,
Vous vous brûlerez.
Personne ne peut faire que cela se passe autrement.
Et que vous soyez bouddhiste,
Hindou ou musulman,
Vous vous brûlerez de la même façon.
Que vous croyez en telle ou telle philosophie,
Vous vous brûlerez.
Que vous pratiquiez tel ou tel rite,
Vous vous brûlerez.
Personne ne veut être brûlé.
Personne ne veut brûler.
Personne ne veut souffrir.
Pour cela,
Le mieux est de ne jamais mettre la main au feu.
Alors,
Vous ne vous brûlerez pas.
N'approchez pas la main du feu.
N'approchez pas de l'Oba et de Dosa,
De l'avidité et de l'aversion,
Et vous ne vous brûlerez pas.
Mais comment ne pas engendrer l'Oba et Dosa ?
C'est cela que le Bouddha nous enseigne en nous expliquant la chaîne des origines dépendantes.
Il est dit dans le Samyutta Nikaya que selon cette chaîne,
L'ignorance produit les réactions aux sensations.
Les réactions produisent la conscience.
La conscience produit l'esprit et le corps.
L'esprit et le corps produisent les six sens.
Les six sens produisent le devenir.
Le devenir produit la sensation.
La sensation produit la soif,
Etc.
Cet enchaînement est la loi de la nature ou le dhamma.
Tout le monde y est soumis,
Bouddhiste comme non-bouddhiste.
Quiconque est dans l'ignorance et réagit à ses sensations par de l'avidité ou de l'aversion,
Souffre.
C'est une loi universelle.
Comment alors échapper à cette souffrance ?
De nouveau,
Dans le Samyutta Nikaya,
Le Bouddha nous dit « L'ignorance étant éradiquée,
Les réactions sont éradiquées.
Les réactions étant éradiquées,
La conscience est éradiquée.
La conscience étant éradiquée,
Le contact est éradiqué.
Le contact étant éradiqué,
Les sensations sont éradiquées.
Les sensations étant éradiquées,
La soif est éradiquée.
La soif étant éradiquée,
La souffrance est éradiquée.
Tel est la roue.
Il ne peut y avoir de dukkha s'il n'y a pas thana.
Il ne peut y avoir de souffrance s'il n'y a pas de soif.
À nouveau,
Si cela devient un principe,
Si cela devient seulement une théorie,
Que pourrez-vous y gagner ?
Qu'est-ce que vous y gagnerez si vous ne pratiquez pas vraiment ?
Si vous n'éradiquez pas votre thana,
Votre soif,
Grâce à vos sensations.
À l'exception des sensations très grossières comme la douleur,
Vous ne faites jamais l'expérience de vos vedanas.
Pourtant,
En profondeur,
Du plus grossier au plus subtil,
Des sensations innombrables se produisent et vous y réagissez de différentes façons.
Voilà quelque chose dont vous n'avez jamais fait l'expérience et,
À moins que vous n'en fassiez l'expérience,
Vous ne pouvez pas échapper à thana.
Vous pouvez échapper à thana à un niveau superficiel,
Mais à un niveau plus profond,
Vous devez travailler avec les vedanas.
Cette contribution du Bouddha m'a fasciné et aujourd'hui elle fascine des gens dans le monde entier.
Certains s'y opposent avec force.
Les hindous,
Les jaïnes,
Disent certes que le Bouddha est une réincarnation d'un Dieu tout-puissant et ils se prosternent devant lui.
Mais à propos de ce qu'il enseigne,
Ils s'exclament « Oh non,
Son enseignement est très mauvais.
Il ne croit pas en l'âme,
Il ne croit pas en Dieu.
C'est un athée et les athées vont en enfer.
» Et ils n'écoutent pas ce que dit le Bouddha.
Pourtant,
Quand ils viennent à un de mes cours et qu'ils comprennent tout ce que je viens de vous expliquer,
Ils sont fascinés,
Comme je l'ai moi-même été.
À moins que vous ne pratiquiez vous-même,
Vous ne pouvez pas amener les gens à l'enseignement du Bouddha.
Vous pouvez vous divertir intellectuellement,
Mais vous ne pouvez pas convertir les autres de la souffrance au bonheur réel,
Ni de la servitude à la véritable libération.
Vous ne pouvez pas aider les gens.
Le Bouddha sut comment nous conduire jusqu'à la racine de la souffrance.
Là fut son apport extraordinaire.
Comment nous dit-il que ce manifeste s'encara ?
La réaction.
Nous trouvons la réponse dans le Samyutta Nikaya à nouveau.
« La sensation engendre comme réaction la soif.
» Donc,
Vous devez d'abord ressentir les sensations et veiller à ce qu'il n'y ait plus de soif.
Si,
Quand il y a des vedanas au niveau superficiel de l'esprit,
Vous vous dites « Non,
Je n'engendre pas de thanas,
Pas d'aversion,
Pas d'avidité.
Je suis quelqu'un de très équilibré.
J'engendre constamment de l'équanimité.
Alors,
Vous ne faites que vous nuire,
Vous mentir à vous-même parce que,
Profondément,
Il y a une réaction.
Profondément,
Il y a des vedanas,
Il y a des sankaras,
Il y a de l'avidité,
Il y a de l'aversion.
Et pour vous en sortir,
Vous devez en faire l'expérience directe,
Développer bhavana maya pañña,
La sagesse issue de l'expérience.
À moins que vous ne fassiez par vous-même l'expérience de l'interdépendance entre la sensation et l'avidité ou l'aversion,
À moins que vous n'observiez cette interdépendance,
L'enseignement du Bouddha n'est pas complet.
Je répète souvent que j'ai de la chance.
Un très bon karma a dû me faire naître sur cette terre du dhamma,
Où celui-ci a été préservé dans sa pureté originelle pendant des siècles.
Depuis l'époque de l'empereur Ashoka,
Lorsque les arahants Sona et Uttara l'apportèrent ici.
Sona et Uttara,
Moines arahants complètement libérés,
Faisaient partie des émissaires du dhamma envoyés par l'empereur Ashoka au IIIe siècle avant Jésus-Christ pour diffuser l'enseignement du Bouddha dans les pays voisins de l'Inde.
Tous deux furent envoyés dans la région de l'actuelle Myanmar,
Appelée anciennement Suvannabhumi,
La terre d'or.
On se sent tellement reconnaissant envers la communauté monastique,
La sangha de ce pays,
Une merveilleuse sangha qui a maintenu la théorie de l'enseignement du Bouddha dans sa pureté originelle.
Et la pratique a également été préservée dans sa pureté originelle,
Transmise de maître à élève,
Même si ce n'est que par un petit nombre de gens.
Ils ont maintenu cette technique telle que le Bouddha l'a enseignée.
Merveilleux pays du Dhamma !
Il faut vraiment avoir de la chance pour naître dans un pays pareil et,
Étant né dans ce pays,
Pour rencontrer une sainte personne comme Sayagyi Yubakin et recevoir le pur Dhamma qu'il enseignait.
Merveilleuse voie,
Merveilleuse technique,
Mais il faut marcher sur cette voie,
Il faut faire l'expérience de cette technique.
Ne faire qu'en acquérir une connaissance intellectuelle peut seulement nous donner de l'inspiration.
Seule la pratique effective peut nous aider.
Parmi vous,
Beaucoup pratiquent déjà,
Sans doute,
Car vous êtes ici sur la terre du Dhamma.
Mais à tous ceux qui n'ont pas encore pratiqué,
Qui n'ont pas encore goûté au Dhamma au niveau de l'expérience,
Je recommande d'y consacrer dix jours de leur vie.
Le Bouddha recommandait de réserver sept jours de sa vie dans ce but.
Je vous recommande d'en prendre dix pour essayer cette technique.
C'est une technique de ce pays,
Ce n'est plus une technique de l'Inde.
L'Inde l'a perdue.
Vous qui y vivez,
Devez en retirer le maximum davantage.
Puissiez-vous tous trouver le temps,
Donner dix jours de votre vie à l'expérience Vipassana.
Puissiez-vous tous goûter au pur Dhamma,
Avec la sagesse issue de l'expérience.
Puissiez-vous tous échapper à votre souffrance.
Puissiez-vous tous goûter à la paix réelle,
À l'harmonie véritable,
Au véritable bonheur.
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5.0 (11)
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